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Les diamantaires israéliens bousculent Anvers

Tel Aviv FLORENTIN COLLOMP.  Publié le 08 août 2007- Le Figaro     Cette industrie, soutenue par des exemptions fiscales, représente déjà un quart des exportations d'Israël. Mais elle commence à subir la concurrence de la Chine et de l'Inde. Les spécialistes réagissent en misant sur le marketing.   C'EST l'endroit le plus sûr d'Israël. Une ville dans la ville, aux allures de forteresse. Pour y accéder, il faut patience et docilité : franchir un détecteur de métaux, déposer son passeport derrière un guichet, se faire dûment photographier et badger, laisser fouiller son sac, abandonner son appareil photo à la consigne, passer une grille, puis un sas de sécurité... Tout cela, à condition, bien sûr, d'être invité et escorté par un professionnel. Une fois ces formalités accomplies, bienvenue dans la caverne d'Ali Baba ! Au coeur de Ramat Gan, un quartier d'affaires qui pourrait être la Défense de Tel-Aviv, quatre tours (et une cinquième en construction) reliées entre elles par des passages couverts sont entièrement dédiées au diamant.

  Et des diams', il suffit d'ouvrir les yeux pour en voir scintiller. Sur les tables de la salle de marché, dans les mains des traders, dans les bureaux de tri et de sélection, dans des coffres-forts aux portes béantes... un cauchemar de cleptomane ! Ainsi, ce diamant émeraude de 8,80 carats estimé à quelque 200 000 dollars, sorti de la poche d'un vendeur, qui cherche preneur ce matin-là. Quand, par malheur, une pierre s'égare, un lock-out est déclaré et toutes les issues sont bloquées jusqu'à ce qu'on la retrouve... Ou que son propriétaire en accepte la perte.

  À combien peut se monter la valeur de ces cailloux en circulation une journée donnée ? Impossible à calculer. « Des milliards », estime Avi Paz, le président de la Bourse israélienne du diamant. Il s'échange ici en tout cas pour 17 milliards de dollars de gemmes en un an. 15 000 personnes (dont 2 700 accréditées à la Bourse) travaillent chaque jour dans cette City du diamant. On y trouve aussi des restaurants, un barbier, six banques, une synagogue, une unité médicale de réanimation, une poste, un bureau des douanes, des cabinets d'avocats et des sociétés de fret pour expédier les petites (ou grosses) pierres dans le monde entier.

  6,6 milliards de dollars d'exportation l'an dernier

  L'industrie du diamant de la région s'est progressivement constituée à partir des années 1930, avant même la naissance d'Israël. Elle a d'ailleurs contribué à la fondation du nouvel État, apportant du travail pour les immigrants et un débouché commercial extérieur. Aujourd'hui, le dynamisme de la place de Tel-Aviv taille des croupières à la place traditionnelle d'Anvers, plombée par des impôts élevés et des suspicions de blanchiment d'argent sale. À l'inverse, Israël a octroyé au secteur une exemption fiscale sur l'importation de pierres non taillées et de très faibles droits de douane sur les diamants polis. Du coup, les exportations de ces derniers ont atteint 6,6 milliards de dollars l'an dernier, soit près d'un quart des revenus commerciaux d'Israël. Près de la moitié des diamants bruts du monde transitent par ici et plus d'une pierre sur deux achetée aux États-Unis en vient. Au total, l'industrie diamantaire israélienne réalise un chiffre d'affaires de 28 milliards de dollars. Pourtant, le nombre de ses bénéficiaires décline.

  À quelques pas du Diamond complex, un atelier de taille en étage dans un petit bâtiment anodin. Ici, 65 personnes façonnent quelque 6 500 carats cumulés par mois. Les pierres passent de l'un à l'autre dans le « briefke », une feuille de papier plusieurs fois repliée. « Cela devient dur pour nous, il y a de moins en moins de travail », témoigne un ouvrier arrivé de France voici une vingtaine d'années.

  De quelque 50 000 employés, l'industrie de la taille en Israël est tombée à environ 2 000 personnes aujourd'hui. Seuls les plus gros diamants sont encore polis ici, les autres le sont par une main-d'oeuvre meilleur marché en Inde ou en Chine. « Depuis cinq ans, les Indiens sont devenus les rois », reconnaît Uri Kopper, directeur du département diamant à l'Union Bank of Israël. Les ouvriers s'y comptent en millions et Bombay est devenue une place d'échanges très importante. Sans compter Dubaï, qui ouvre à son tour une Bourse spécialisée, exemptions fiscales à l'appui.

  Les Israéliens ne comptent pas se laisser abattre par cette nouvelle concurrence mondiale. Pour contrecarrer la délocalisation de leur industrie, les diamantaires l'ont intégrée à leurs plans. Beaucoup d'entre eux ont ouvert des filiales en Inde ou en Chine. Comme Dalumi, plus gros exportateur israélien, qui emploie encore 650 personnes localement mais a créé une usine de 350 ouvriers en Chine. « C'est comme une paire de Nike : tout le monde considère que ce sont des chaussures américaines mais personne ne pense qu'elles sont fabriquées aux États-Unis », argumente le patron de la Bourse israélienne.

  Moins rentable que Gucci

  Après la production et le commerce, Tel-Aviv s'oriente désormais vers le marketing. Dalumi est non seulement le premier exportateur de pierres polies à destination des joailliers, comme ceux de la place Vendôme, mais il s'est mis aussi à fabriquer des bijoux clés en main pour des chaînes de magasins chinoises ou françaises, comme Carrefour. « Dans notre industrie, les marges sont faibles, 5 % en moyenne, 10 % si vous êtes un génie. On est loin d'un vêtement Gucci. Au lieu de nous battre contre Anvers, l'Inde ou Dubaï pour grappiller une part du gâteau, nous devons nous battre pour développer le gâteau en expliquant aux consommateurs qu'un diamant, c'est plus sérieux qu'un sac de luxe ou qu'un stylo Montblanc », lance Eli Avidar, directeur général de l'Institut du diamant d'Israël, ancien conseiller diplomatique d'Ariel Sharon. Pendant que les ouvriers de Chine et d'Inde prennent du travail aux polisseurs israéliens, l'Institut vient de lancer une campagne commerciale agressive pour vendre ses diamants aux consommateurs de ces deux nouveaux pays en plein développement.   La salle d'échanges de la Bourse de Tel-Aviv emploie 2 700 traders accrédités. 17 milliards de dollars de pierres précieuses s'y échangent par an.   Martine ARCHAMBAULT - Le figaro.

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